Partager l'article ! État des lieux.: Vivre dans la rue c'est passer sa journée ...
Pour des personnes souvent très fragiles, vivre dans un lieu d'accueil d'urgence peut alors demander une énergie et une capacité d'organisation prodigieuses. Il leur faut jongler avec les horaires très contraignants (accueil à heure fixe, départ très tôt le matin). Les centres fermant dans la journée, elles doivent trouver à s'abriter, à s'occuper dehors, en transportant parfois leurs affaires personnelles. L'hébergement est une obsession constante. Souvent, l'accueil ne dure pas. A peine posées, les personnes sans domicile retrouvent l'angoisse de s'assurer un toit pour les jours à venir.
Vivre dans la rue, c'est une accumulation de privations, de souffrances physiques, de violence. On mange mal, on n'ose pas dormir de peur de se faire agresser. Certaines personnes sans abri déambulent toute la nuit pour ne pas dormir, et se reposent pendant la journée dans le métro dans le train, dans une bibliothèque qui ne les chasse pas. On se lave comme on peut, on se cache entre deux voitures pour satisfaire ses besoins. Vivre dans la rue, c'est aussi une accumulation de solitude et d'humiliation : on renonce à voir ses proches pour éviter leur regard. On constate que personne ne s'assoit à proximité dans le métro. On n'a pas droit à l'intimité, dans la rue bien sûr mais aussi dans les chambres collectives des centres d'hébergement. L'espace privé se réduit souvent « au contenu d'un sac ou d'un casier » (1).
(1) Le monde d'Albert la Panthère, cybernaute et sans domicile à Honolulu, Maryse MARPSAT et Albert VANDERBURG, Editions Breal, 351 pages, septembre 2004.
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